La photographie plasticienne concerne toute œuvre effectuée sur un support photographique argentique ou numérique, qui s’ancre dans une démarche de création. Cette catégorie implique de nombreuses déclinaisons reposant tant sur l’usage fait de ces photographies que sur leur mise en œuvre. Il est utile de préciser ici quelques pratiques relevant de cette catégorie :

- la photographie retouchée ou manipulée regroupe toutes sortes d'interventions sur la photographie à tous niveaux du travail, sur les sujets, au moment de la prise de vue, pendant le tirage ou lorsque la photographie est terminée par des rehauts de peinture, de dessin, de matière ou toutes opérations de retouche numérique. Certains artistes fabriquent de toutes pièces le sujet qu'ils photographient, de Hans Bellmer à Rachel Laurent, Olivier Rebufa, Thomas Demand, Vik Muniz, Georges Rousse, Sandy Skoglund. D’autres manipulent des images pré-existantes, de Raoul Hausmann jusqu'à Patrick Eveaert et Peter Hutchinson. Enfin, certaines pratiques reposent sur l’utilisation détournée des techniques photographiques argentiques traditionnelles pour créer de nouvelles images aux effets plastiques caractéristiques (rayogrammes, polaroïds…)

 

- la photographie comme matériau, élément de la composition recoupe toute utilisation de l’image photographique dans des œuvres convoquant l’usage de techniques mixtes comme Hannah Höch, Robert Rauschenberg, Alain Fleisher. A ce sujet, toutes les catégories énoncées ci-dessus peuvent être sollicitées et intégrées. Les photomontages s’y trouvent également concernés.

 

- la photographie comme trace exposée pour elle-même et utilisée comme témoignage d’une action (performance) à l'image de Chris Burden, ou Michel Journiac, mais aussi Vanessa Beecroft, Jonathan Monk, Roman Signer, Erwin Wurm. Elle recoupe aussi la notion de trace d’une œuvre lointaine ou monumentale à l’instar des artistes du Land Art. Aujourd'hui la vente de tirages est souvent utile pour financer les projets pharaoniques de Christo, Matthew Barney, Mariko Mori, Shirin Neshat. La photographie s’inscrit ici dans un statut d’étape dans la démarche de création.

Ces artistes soignent la prise de vue et les tirages, jusqu’à adopter une attitude de « photographe » sans en avoir la fonction, et en maintenant leur statut d’artiste.

 

- la photographie comme médium de l’art contemporain

Dans les années 1980, le tirage photographique devient un médium de l’art contemporain,

On voit apparaître des images proprement photographiques dotées de propriétés nouvelles, justifiant pleinement leur accession non seulement au marché de l’art ou au musée mais au statut d’œuvre, au même titre qu’une peinture ou une sculpture. Dans ce retournement de situation, des photographes professionnellement aguerris ont pu trouver leur place, en tant qu’artistes (Dieter Appelt, Thomas Ruff, Andréas Gursky...). Le choix du médium photographique est ici intimement lié à une démarche et aux intentions visées. Faire une photo, c’est penser l’image et sa production dans l’ensemble de la photographie, pour son efficacité dans la société médiatisée, dans la connaissance et l’information. Pour A.Gursky l’acte de photographier consiste à penser et élaborer un objet transitif de perception (une photographie), en profitant des capacités du dispositif- précision, rendu des couleurs, qualité de surface- en sachant que ce n’est en rien la réalité vive, mais une représentation. De ce fait, les images mettent en jeu, à chaque prise de vue, une interrogation sur la perception de l’environnement et le statut de cette « vue ». (Gursky tout comme Jeff Wall ou Thomas Kellner cherchent avant tout à questionner la représentation, à monter que toute image est une fabrication avec ses enjeux et son discours).

 


Retour au glossaire