Cartel La Porte du Paradis de Lorenzo Ghiberti, entre 1425 et 1452, Musée de l’Opéra du Duomo, Florence

La Porte de l'Enfer de Rodin, 1880-1890, 1917 en bronze, puis en 1926-29

http://enfer.musee-rodin.fr/home

et descriptif des maquettes à la fonte en bronze

Sujet Représentations figuratives de personnages identifiables, constituants des groupes de figures, issues à la fois de la Bible et de la Divine Comédie de Dante, pour Rodin.

sacré (en  lien  avec  la  religion) mais avec un clin d'oeil symbolique à Cosme de Médicis (banquier, capitaine et homme d'État florentin).

La porte est divisée en dix cadres à l'intérieur desquels sont représentées plusieurs scènes tirées de l'Ancien Testament comme Adam et Eve. Ces dix cadres sont eux-mêmes entourés d'une frise composée de 48 éléments représentant des têtes et des figures entières de prophètes et sibylles, dont un autoportrait de l'artiste.

La représentation reprend les codes de la Renaissance : recherche d'illusion, de réalisme.

Conception de représentation simultanée, très utilisée aux XIIIe et XIVe siècles (différents moments représentés en même temps). Les 50 scènes représentées sont à lire en partant du haut, de gauche à droite.

sacré (en  lien  avec  la  religion : tympan et les damnés plongés au purgatoire, l'Avarice et la Luxure

et  profane  (sans  lien  avec  la religion) : Le Penseur, Le Baiser, Je suis Belle, Femme accroupie..

La première maquette, promptement modelée dans la cire, matérialise l’idée initiale de Rodin pour sa composition. S’inspirant de La Porte du Paradis créée par Lorenzo Ghiberti pour le Baptistère de Florence (1425-1452), il divise sa porte en dix caissons, cinq par vantail, séparés par une bordure et cernés d’un encadrement décoratif. Aucun détail n’est donné sur le contenu de chacun des panneaux, Rodin se contentant d’esquisser en quelques gestes l’organisation générale du monument.

Dante Alighieri est un poète italien du XIVème siècle. Il est l’auteur du premier grand texte en langue italienne. Son œuvre majeure, la Divine Comédie, est un long poème racontant son voyage à travers les Enfers, le Purgatoire et le Paradis à la recherche de sa bien-aimée Béatrice. Le poète latin Virgile l’accompagne et le guide dans son épopée. Aux enfers, ils rencontrent des âmes damnées qui leur racontent leur histoire. Ce sont ces personnages, condamnés à souffrir éternellement, que Rodin choisit de représenter sur sa porte.

La troisième maquette témoigne par ailleurs d’une recherche de développement de la composition en profondeur.

Dimensions 5,20 m de haut sur 3,10 m de large pour 11 centimètres d'épaisseur. Oeuvre monumentale destinée à marquer les esprits.  6,35 m de haut sur 4 m de large et 85 cm de profondeur. Oeuvre monumentale qui écrase littéralement le spectateur.
Matériaux Fonte en bronze doré. La patine lui donne cette couleur dorée. Fonte en bronze d'Alexis Rudier, d'après un grand plâtre de 1917 
Type de sculpture

Haut - relief, Relief, Bas-relief et relief schiacciato (écrasés). Les figures et les objets diminuent progressivement en créant un effet de perspective, jusqu'à la ciselure, dignes d’une oeuvre d’orfèvrerie.

 Haut-relief

Les reliefs offrent aux spectateurs un point de vue frontal (de face comme un tableau ; l'arrière n'est pas travaillé), contrairement aux sculptures en ronde-bosse qui offrent de multiples points de vue (toutes les faces).

Fonction Décorative : Les deux battants de la porte furent coulés d'un seul tenant, et Ghiberti y apposa ensuite 58 panneaux coulés un à un avant d'être dorés à l'or fin.  

La Porte de l’Enfer devait servir de porte ornementale pour un musée des arts décoratifs qui n’existait pas encore. Mais faute de projet de façade dans lequel l’intégrer, Rodin devait concevoir sa porte sans référence à un bâtiment précis. Il lui donne donc une structure architecturale propre, résultant de ses réflexions autant que de ses hésitations. « Je deviens architecte, il le faut, car je complèterai ce qui me manque ainsi pour ma porte ». Auguste Rodin.

Elle est purement décorative car bien qu’elle présente deux vantaux, aucun mécanisme n’a été prévu pour qu’elle puisse s’ouvrir.

Le musée des arts décoratifs devait se situer à l’emplacement de l’actuel musée d’Orsay. Ce projet n’aboutira pas, mais cela ne découragea pas Rodin qui continuera à travailler à son œuvre toute sa vie !

Durée de réalisation 27 ans de réalisation et de restauration !

38 : c’est le nombre d’années que Rodin passera à travailler sur sa porte

plus de 200 : le nombre de figures représentées

6 : la hauteur de la porte en mètres

4 : la largeur de la porte en mètres

8000 : le nombre de kilos de bronze

Artiste (auteur)

Lorenzo Ghiberti assisté de ses fils Vittorio et Tomaso et de collaborateurs renommés comme Donatello, Luca della Robbia ou encore Benozzo Gozzoli.

Artiste situé à la fin du Quattrocento, et au début du renouvellement artistique qui conduira à la Renaissance.

Comme la plupart des maîtres florentins de cette époque, son apprentissage dans des ateliers d'orfèvres.

On me laissa libre de la réaliser de la façon dont il me semblait qu'elle fût la plus parfaitement ornée et la plus riche.  Lorenzo GHIBERTI

Auguste Rodin comme pour toutes ses autres sculptures est assisté de praticiens, mouleurs, fondeurs, élèves... bref de tout son atelier.
Commande Satisfaite du travail que Lorenzo Ghiberti avait effectué sur la porte nord entre 1402 et 1424 (concours lancé pour lequel il était en concurrence avec Brunelleschi), l'Arte di Calimala (riche corporation de marchands de laine) commande en 1425 à l'artiste la porte est du baptistère, que Michel-Ange appela Porte du Paradis.

Quand Rodin reçoit de l’État la commande d’une porte, il est un artiste peu connu, âgé de presque 40 ans. Nul ne peut alors imaginer que cette modeste commande, destinée à un musée des arts décoratifs qui n’est encore qu’un vague projet, ouvre pour l’artiste une décennie d’intense création, dont les fruits vont nourrir son œuvre durant tout le reste de sa carrière. Rodin a en effet passé la majeure partie de la décennie précédente en Belgique et a dû se battre pour imposer sa première grande figure, L’Âge d’airain, au Salon de 1877.

Lieu d'exposition Retenue comment étant la plus belle et la mieux exécutée des trois portes du Baptistère, celle-ci fut positionné à la place d’honneur, sur le côté face à la façade de la Cathédrale de Santa Maria del Fiore : le paradisium. La porte, qui se trouvait à l'origine sur le côté oriental du baptistère en face de la cathédrale, sera désormais exposée dans la cour couverte du Musée de l'Oeuvre de la Cathédrale, située juste derrière celle-ci. Une copie est présentée à son emplacement d'origine depuis 1990.

Le grand plâtre remonté en 1917 a servi de référence pour les 8 épreuves en bronze fondues après la mort de l’artiste.

Les quatre premiers ont été réalisés par la fonderie Alexis Rudier selon la technique de la fonte au sable entre 1925 et 1945 (bronzes du Rodin Museum de Philadelphie, du musée Rodin de Paris, du Musée national d’art occidental de Tokyo et du Kunsthaus de Zurich).

Les quatre suivants ont été exécutés à la cire perdue par la Fonderie de Coubertin entre 1977 et 2015 (bronzes du Iris and B. Gerald Cantor Center for the Visual Arts de Stanford, du musée préfectoral de Shizuoka, de la Rodin Gallery de Séoul et du musée Soumaya de Mexico).

Lieu de conservation

Musée de l’Opéra du Duomo, Florence.

Afin de protéger ce fragile alliage de bronze d'or, la Porte sera protégée à l'intérieur d'une vitrine transparente à taux d'humidité bas et constant pour éviter la formation de sels susceptibles de perforer la fine pellicule dorée recouvrant les diverses scènes.

À la toute fin de la vie de Rodin, et avec l’accord de ce dernier, Léonce Bénédite, le premier conservateur du musée, fait réaliser un nouvel exemplaire complet de La Porte à partir des moules fabriqués en 1899 pour préparer l’exposition de 1900. Exposé au musée Rodin jusqu’au milieu des années 1960, ce plâtre est aujourd’hui en dépôt au musée d’Orsay. On peut considérer qu’il correspond à l’état auquel Rodin était parvenu vers 1890, et qu’il envisageait initialement de montrer en 1900. 

La version en bronze sera éditée juste après la mort de l'artiste en 1917.

Intérêt de cette oeuvre
Sa technique : reliefs écrasés qui suggèrent une perspective, "invention" de la Renaissance. Elle fera la renommée de son auteur, jusqu'alors totalement inconnu. La Porte de l’Enfer est, d’une certaine façon, au cœur de la création de Rodin puisque, de 1880 à sa mort, elle fut l’œuvre à laquelle l’artiste travailla le plus durant sa vie. Elle représenta pour lui, tout à la fois, une ligne d’horizon, une entreprise en devenir permanent, un réservoir de formes.
Contexte historique Vie des Médicis à Florence : puissante famille florentine de la Renaissance italienne qui dirige Florence et développe la vie artistique par de nombreuses commandes (à Michel-Ange, Donatello, Brunelleschi...). Surnommés "Princes des Arts et des Sciences"  Contexte de cette commande :

Première œuvre importante de Rodin exposée à Bruxelles, L’Âge d’airain montre déjà toute la maîtrise du sculpteur, son attention à la nature vivante dans l’attitude et le modelé. Un jeune soldat belge, Auguste Neyt, posa pour cette œuvre dépouillée de tout attribut permettant d’identifier le sujet. Elle est exposée au Cercle artistique de Bruxelles en 1877, sans titre, puis au Salon, à Paris, sous le nom de L’Âge d’airain. La statue, dite aussi L'Homme qui s'éveille ou Le Vaincu, évoque l’homme des premiers âges. Elle tenait à l’origine une lance dans la main gauche, mais Rodin choisit de la supprimer pour dégager le bras de tout attribut et donner au geste une ampleur nouvelle. Soupçonné, lors de son exposition à Bruxelles, de l’avoir moulée directement sur le modèle, Rodin doit prouver que la qualité du modelé de sa sculpture provient bien d’une étude approfondie des profils et non d’un moulage sur nature. Ses détracteurs finissent par reconnaître la bonne foi du sculpteur.

Edmond Turquet, sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts, soutient Rodin pour la commande d’un bronze de L’Âge d’airain, et lui passe alors commande d’un « modèle d’une porte décorative » ornée de « bas-reliefs représentant la Divine Comédie de Dante », selon les termes de l’arrêté signé par le ministre Jules Ferry le 16 août 1880.

Anecdote Lorsqu'elle fut dévoilée, Michel-Ange fut tellement frappé par sa beauté qu'il lui donna le nom de «Porte du Paradis», raconte le peintre-architecte Vasari dans ses fameuses «Vies» de peintres. La porte de l’Enfer est une réponse à la Porte du Paradis de Lorenzo Ghiberti du baptistère de Florence. Il s’inspire dans un premier temps de la forme de la porte à caisson, mais abandonne finalement cette idée. Il se tourne vers une autre source d’inspiration de la Renaissance italienne : Le jugement dernier de la chapelle Sixtine de Michel-Ange. Il reprend l’impression de fourmillement de personnages, l’enchevêtrement des corps, l’expressivité et la théâtralité des postures.
Mise en scène, rapport aux spectateurs Cette porte est idéalement placée, elle est imposante et force l'admiration de ses contemporains, de ses commanditaires et du public encore aujourd'hui.  Cette porte est monumentale, elle écrase littéralement le spectateur. Rodin dépasse sa source d’inspiration première en se débarrassant de tous les détails pittoresques comme les vêtements. Aucun élément caractéristique ne nous permet de reconnaître les personnages, ni de situer l’histoire au Moyen-Age. En agissant ainsi, Rodin propose au spectateur des images universelles, des allégories. L’objectif n’est plus de représenter la Divine Comédie. Le sujet devient alors un prétexte qui permet à l’artiste d’exprimer son talent.
 

 

 

 

 

Pour comprendre la Divine comédie de Dante